L’humanité : avec ou sans avenir ? (Essai)

L’humanité : avec ou sans avenir ?

6244591264_3417a217e4_bBroken Humanity par Lee Winder, Flickr

L’humanité toute puissante, à l’apogée de son indifférence face aux problèmes récurrents de ses agissements, se voit d’ores et déjà, tantôt disparue par dépit, tantôt victorieuse par mépris. Son avenir, incertain, est prié par une partie et sa disparition réclamée par une autre.

Décevante, étourdissante, mal-aimée, adorée, choyée : autant de manières de voir cette dernière espèce du genre homo par ses individus. Entre la jeunesse dépravée, dégoûtée par les agissements de ses congénères face à Dame nature ou face à sa propre espèce dans des conflits qui n’en finissent plus, à des politiques changeantes aux airs monarchiques ou aux idées malveillantes et malsaines sans limite. Et les autres, qui espèrent voir l’humanité briller dans un ciel d’été, entouré de gloire et de mérite pour sa capacité à créer toujours plus, aller toujours plus loin dans un monde toujours plus absorbé par cette ombre bipède au cerveau développé. C’est en effet en baignant dans ce monde que nous devons répondre à la question de l’avenir de cette humanité, question fondamentale pour notre espèce. Les théories sont nombreuses, mais les deux principales s’opposent distinctement. L’une clame le besoin de l’éradication de notre espèce pour sauver une biosphère en déclin, l’autre cherche désespérément le moyen de faire croître l’humanité sur notre planète, la Terre.

Le sujet de cet essai est le suivant : L’humanité doit-elle avoir un avenir ?

Le premier paragraphe traitera des arguments en faveur de sa disparition et le deuxième en faveur de son maintien. Le troisième, quant à lui, les confrontera avec une critique.

Les agissements de l’humanité sont désapprouvés par une partie de ses individus. Cette partie de la population humaine souhaiterait d’ailleurs, dans le meilleur des cas, voir son espèce disparaître. La plupart des partisans de cette idée contraire à l’instinct de survie, sont souvent des blasés ou des romantiques lassés de voir l’humanité faire régner la terreur au milieu de la biosphère terrestre. Cette théorie s’explique par une parallaxe menant à une philosophie du suicide, une mort volontaire qui aide à se dégager de la morale.

En effet, l’Homo sapiens est considéré comme l’espèce la plus nuisible et la plus destructrice de son temps. En plus de saccager sa terre nourricière, elle est bien connue pour s’autogérer de manière impitoyable. Les conflits sans fin qui parcourent les territoires acquis par des minorités pour quelques lopins de terre supplémentaires, des religions différentes ou pour une fourniture en femmes supérieure, mettent à feu et à sang une planète géographiquement découpée de manière très sporadique.

Certes, l’humain parait infime face à cette terre gigantesque, et plus encore, celle d’un univers infini, mais ils influencent de manière inégalée les climats, les biotopes, les espèces et tous les principes qui l’animent. Le sapiens, considéré comme espèce inconsciente – ou trop consciente de son intelligence – , imbue de sa philosophie, malveillante et inutile est donc, de par cette théorie, amené à disparaître.

Les individus prônant celle-ci, passent les autres représentant de la vie avant leur propre espèce, désespérés de la voir un jour être à la hauteur de leurs congénères. Certains vous diront que l’humain est une erreur de la nature, ayant fait plus de désastres en 200 000 ans d’existence que la vie elle même en 3.5 milliards d’années. L’extinction de l’holocène, commencée il y a environs 15 000 ans serait en partie due à l’Homo sapiens. Les destructions d’habitats, l’accélération du réchauffement climatique, l’appauvrissement des sous-sols en matières premières, la baisse de la biodiversité et bien d’autres conséquences d’une multitude de sociétés humaines plus ou moins développées sont notamment les arguments apportés pour soutenir cette théorie. Elle stipule également que la biosphère terrestre se porterait bien mieux sans l’Homme. Celui-ci est souvent vu comme rejetant la nature, se considérant à la plus haute échelle de la puissance, n’ayant aucun respect pour celle-ci.

Quelques-uns n’ont, par conséquent, plus foi en leur espèce et en l’avenir. Ils ne voient plus de moyens pour cette espèce de s’en sortir. L’argent, dieu régnant sur l’humanité, corrompt les pensées et les agissements de ses individus. Le système monétaire, seul maître incontesté, se voit perdurer encore durant des siècles, voire, des millénaires.

Ne voyant plus la possibilité de changer, découvrant que leurs utopies ne verront jamais le jour, cette masse de population perd espoir et se morfond le temps du déclin de son espèce, menant à terme à sa disparition.

Une faiblesse de cette théorie est de considérer l’être humain comme néfaste à son environnement, alors que rien ne prouve qu’il n’est pas, au contraire, bénéfique à celui-ci. En effet, depuis l’apparition de la vie sur Terre, beaucoup d’autres espèces ont influencées leurs milieux de vie et d’autres espèces que la leur. Cela n’a pourtant pas signifié qu’elles étaient néfaste à la biosphère terrestre. De fait, l’humain est aujourd’hui sur Terre pleinement ancré au sein d’une biodiversité époustouflante. La « théorie Gaïa » de James Lovelock évoque d’ailleurs l’utilité de toute espèce sur Terre dans le but de se développer et de se réguler automatiquement. Une seconde faiblesse est de dire que l’humain n’a plus sa place sur Terre. En effet, cela positionne l’être humain comme juge, qui peut décider du sort des espèces de manière théorique et plus seulement en pratique. Considérer l’être humain comme devant disparaître de la biosphère revient à éradiquer une espèce de la riche biodiversité et donc, de participer à l’appauvrissement de celle-ci. Cette hypothèse se rapproche de « l’Ecologie Profonde », terme utilisé pour la première fois par Arne Næss, qui condamne l’humain en espèce néfaste. James Lovelock est opposé à celle-ci car il estime que l’être humain doit tout mettre en œuvre pour se maintenir sur Terre. D’ailleurs, Charles Darwin avec sa théorie de l’Evolution pense que chaque être vivant tend à créer une sélection naturelle entre ses individus et les autres espèces dans le but d’une évolution.

La seconde théorie soutient donc l’humain. Autrement dit, elle prône la capacité de l’être humain à s’adapter, à évoluer et à bifurquer en fonction des options qui lui sont données. Cette théorie est elle-même séparée en plusieurs courants : ceux qui veulent un humain respectueux de la nature, de son univers et de ses congénères, ceux qui veulent en faire une super espèce, technologique et qui ne peut être arrêtée par aucune force, quelle qu’elle soit. Un humain industrialisé, demande toujours plus de ressources qu’il ira chercher toujours plus loin. Ces deux théories se rapportent aux divergences de « l’hypothèse de Gaïa » et ’Ecologie profonde. La première a une vison d’un humain protégeant son environnement, pour se permettre de survivre tout en exploitant son univers et de la seconde estime que l’humain doit connaître un recul sociétaire et économique, visant à son harmonisation avec la nature (retour à une humanité moins évoluée et plus « sauvage » dans le sens de revenir à son état de nature). Darwin pourrait également estimer que l’être humain est à une place de leader sur Terre, grâce à la sélection naturelle progressive lui permettant d’évoluer naturellement. Mais elles sont convergentes sur un point, la survie de l’humanité. Aujourd’hui, la plupart des gouvernements s’accordent sur le double jeu de l’industrialisation et de l’approche plus respectueuse de la nature. Pariant sur les deux, c’est souvent la balance de l’industrie qui penche plus que l’autre. L’appât du gain en est la principale raison. Les grandes compagnies de hautes technologies travaillent sans cesse pour proposer toujours plus de produits permettant l’adaptation de l’homme à son environnement, la création de nouveaux biens ou l’aliénation de ses individus au sens philosophique du terme. Les projets toujours plus futuristes les uns que les autres voient le jour et mènent l’humain vers de nouvelles sociétés, celles de la haute technologie.

Téléphonie, ordinateur, transport, internet, micro-technologie, armement, énergie, santé, divertissement, industrie, tant de domaines où cette forme de vie électronique prend naissance et devient de plus en plus indispensable – l’homme augmenté. Elle propose de nouveaux membres aux amputés, une force décuplée pour porter toujours plus lourd et plus loin, la possibilité de diriger des drones à distance, et surtout, de prévoir les désastres climatiques, de protéger les citoyens contre les séismes, les raz de marée, les tempêtes, d’aller toujours plus loin sous terre, air et en milieux sous-marins. La connaissance se transmet de continent en continent, de pays en pays. La barrière des langues ou de la distance n’existent plus. L’Homo sapiens est la première espèce à créer, amasser et transmettre tant de richesses et de connaissances. Elle est la plus adaptée à sa planète malgré sa longue évolution, de par sa morphologie et son cycle de reproduction. Elle est au plus haut dans la chaîne alimentaire, peut décider du sort d’espèces, de milieux naturels et du climat. Elle est capable d’une morale, d’une pensée complexe et d’une originalité sans pareil. Il est clair qu’elle est une espèce fascinante.

D’autres arguments, moins concrets, mais tout aussi importants, portent à garder espoir et foi en l’humanité grâce au surgissement de l’improbable, de sa capacité de création sans limite, de son aspiration à l’harmonie.

L’humanité, d’après cette théorie, peut se permettre et doit survivre demain et dans les millénaires à venir quel qu’en soit le prix.

Une incohérence significative gravite autour d’un des arguments de cette théorie. En effet, l’être humain a le pouvoir d’évoluer en fonction des changements de son environnement, mais il ne pourra jamais survivre à l’appauvrissement des matières premières indispensable à ses besoins primaires. De plus, la survie à tout prix peut être perçue comme de l’égoïsme, comme l’exprime James Lovelock. L’Homme, ne pense qu’à son espèce alors qu’il détient la possibilité de juger, penser et d’avoir une morale. Si l’être humain est une espèce si exceptionnelle, elle doit avoir conscience de ce qu’elle est et de ses actes, ce qui pourrait la mener à une théorie du suicide comme on l’a vu dans la première théorie. Si l’être humain s’avère être une réelle plaie pour la biosphère, alors cette théorie n’est pas acceptable.

Ces deux théories s’opposent radicalement mais portent toutes les deux leurs fondements sur des expertises qui ne sont pas forcément fondées. Malgré la présentation constante des résultats dramatiques de l’impact de l’Homme sur la biosphère, rien ni personne ne peut prétendre savoir si l’Homme est au final néfaste ou bénéfique.

Autrement dit, nous ne sommes pas encore assez éloignés des faits pour les juger. C’est la même procédure en Histoire ou en philosophie. On ne peut pas parler en Histoire d’événements trop récents car nous n’avons pas assez de recul pour donner un avis juste sur la question. C’est la même chose pour l’impact de l’Homme sur Terre. De plus, l’être humain est une espèce bien trop ancrée sur Terre pour l’en enlever d’un coup de pouce. Sa capacité à s’adapter étant énorme, elle est l’une des espèces la moins en danger actuellement. La mettre en état d’extinction viendrait à mettre en péril un tas d’autres espèces. Cela n’est donc pas recommandable, surtout que le but ultime de cette manœuvre serait d’éviter que l’Homme ne fasse d’autres dommages.

L’évolution et la voie de la nouvelle technologie est en effet une bonne direction, mais il ne faut surtout pas que l’Homme dévie de son rattachement à la nature, car cela mènerait à terme à sa perte. Les nouvelles technologies doivent donc aider l’humain à faire face aux éventuels changements de son environnement tout en préservant celui-ci. Allier l’homme à la nature est certainement la meilleure façon d’assurer un avenir à l’humanité sans compromettre l’intégralité de son univers et de son espèce.

« Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. […]

L’espérance vraie sait qu’elle n’est pas certitude. C’est l’espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L’origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine. »

Eloge de la métamorphose, par Edgar Morin.

Cette citation est pour moi, le fondement d’une idéologie nouvelle, celle de métamorphoser l’humanité dans le but « d’un monde meilleur ». La métamorphose, qui, toujours selon Edgar Morin, est une solution à prendre en compte face à une révolution qui n’en serait pas une. Théodore Monod est également un philosophe croyant en un humain du troisième millénaire libéré de ses inutiles scories autant que de la violence et de l’instinct abusif de possession propres à notre fin de siècle (propos tirés et modifiés du livre « Le chercheur d’absolu » afin de ne pas déformer les pensées de Théodore Monod).

La réponse à la question « L’humanité doit-elle avoir un avenir ? » est, de mon point de vu, oui, l’humanité peut et doit avoir un avenir. Cela dit, cette réponse n’est pas universelle et ce n’est pas avec ce début de réflexion que nous pouvons y répondre avec certitude.

Afin d’y voir plus clair pour répondre à cette question, il serait intéressant de se pencher sur la place de l’être humain et de ses actions pour savoir s’il est décerné naturel ou non. Car la réponse à cette question change radicalement l’approche à avoir face à l’Homme.

Antoine Le Blet

Écrit le 3 mai 2014.

Médiagraphie :

Page Wikipédia (j’ai vérifié les sources des articles cités):

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_du_suicide

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ories_Ga%C3%AFa

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypoth%C3%A8se_Ga%C3%AFa#Ga.C3.AFa_et_le_darwinisme

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Darwin

http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Malthus

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cologie_profonde

http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Lovelock

http://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Paccalet

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odore_Monod

Autres :

Le monde

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/01/09/eloge-de-la-metamorphose-par-edgar-morin_1289625_3232.html

Babelio

http://www.babelio.com/livres/Paccalet-LHumanite-disparaitra-bon-debarras-/32131

 

Livre :

Théodore Monod, Le chercheur d’absolu, Le Cherche-Midi, 13 Février 1997.

Yves Paccalet, L’humanité disparaîtra bon débarras, Arthaud, 15/03/2013.

 

Une partie des sources viennent également de ma culture personnelle, d’expériences et autres.

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